Le Travail méprisé
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Les civilisations antiques méprisaient le Travail, car il représentait une activité qui assujettit l'homme à l'ordre de la nécessité. Ainsi, les Grecs - et notamment les Athéniens - ont-ils tenu le Travail en piètre estime dans la mesure où travailler c'est d'abord aliéner sa liberté au service de la matière ou d'autrui, alors que sa nature devrait porter l'homme à s'en affranchir pour commander à l'une ou à l'autre.
La philosophe et historienne américaine Hannah Arendt explique avec perspicacité dans Condition de l'homme moderne[1] cette antique conception du Travail. Elle montre que dire que le travail et l'artisanat étaient méprisés dans l'antiquité parce qu'ils étaient réservés aux esclaves est un énorme préjugé moderne. Au contraire, les Anciens faisaient le raisonnement inverse : ils jugeaient qu'il fallait avoir des esclaves à cause de la nature servile de toutes les occupations qui pourvoyaient aux besoins de la vie. C'est même par ces motifs que l'on défendait et justifiait l'institution de l'esclavage. Arendt souligne aussi que cette institution de l'esclavage ne fut ni un moyen de se procurer de la main-d'œuvre à bon marché, ni un instrument d'exploitation en vue de faire des bénéfices ; ce fut plutôt une tentative pour éliminer des conditions de la vie le Travail. Ce que les hommes partagent avec les autres animaux, on ne le considérait pas comme humain. Ainsi, Aristote explicita la nature non humaine de l'esclave. Pour autant, il ne niait pas que l'esclave fût capable d'être humain ; il refusait de donner le nom d' « hommes » aux membres de l'espèce humaine tant qu'ils étaient totalement soumis à la nécessité.